Synthèse sur le tatouage

La plupart des études sur le tatouage sont narratives et descriptives. On pourrait faire d’innombrables descriptions des tatouages de chaque tribu, de leurs motifs, de leurs techniques… Herber décrit tous les tatouages de la face chez la Marocaine, selon toutes les localités qu’il a pu étudier dans son enquête. Mais outre cela, les auteurs réduisent souvent le tatouage à une valeur ornementale, quelque fois des effets prophylactiques.

 

On peut dire que le tatouage a évolué : au départ il était une pratique purement magique puis il est devenu une amulette permanente, ensuite un modèle décoratif jusqu’à sa disparition. En effet l’évolution des mœurs causées par la colonisation, l’interdit de la religion musulmane et l’ouléma qui considère le tatouage comme impur, ont causé une modification et une perte de la pratique du tatouage.

 

L’homme a toujours peint sa peau ou se tatoue et utilise son corps comme support d’expression. On marque sur son corps ce qui est marqué à l’intérieur, un corps tatoué est comme le miroir de sa propre âme et de l’âme collective. Bien souvent le tatouage parce qu’il est une pratique douloureuse, témoignait du courage et de la force de celui qui l’avait enduré.

 

Au Maghreb, le tatouage est une expression artistique rurale, qui est révélatrice d’une certaine mentalité imprégnée de croyances mystique et magique. Il est soit un moyen de prévenir les maladies, soit un atout sexuel, soit une marque de religiosité, quand il n’est pas un simple motif ornemental. Le tatouage, reste au Maghreb, ancrée dans la tradition. Une partie se marque pour se protéger mais certains perdent leur sens. Malgré tout, on va de plus en plus vers une fonction esthétique du tatouage (charme…) et vers un effet de mode. Ces traditions sont souvent modifier par les civilisations modernes qui perdent et utilisent les signes, les supports pour se parer dans une société obsédée par l’apparence. On passe d’une signification collective à une signification plus personnelle et identitaire. La pratique se perpétue plus au travers du henné et évolue avec la modernité et la conscience de l’hygiène.

 

De façon plus large, le tatouage reste un moyen d’expression de revendiquer ses idées personnelles, ses sentiments, son groupe… Avec le temps le tatouage a perdu plusieurs significations et en a acquit de nouvelles. Il a fini parfois par devenir parfois un simple motif ornemental et vide de sens.

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Tatouage: effet de mode

A priori, les tatouages ont très peu bougés pendant deux cent siècles. En effet, en France, cette tendance est en train de changer depuis une quinzaine d’années. Il y a trente ans, le tatouage était encore perçu comme quelque chose d’incompris et donc de dangereux. Le tatoué était un marginal, voire un fanatique. Selon un sociologue américain[1] des années quatre vingt, si on trouvait un tatouage sur une personne soupçonnée d’un crime, c’était automatiquement une personne coupable. On peut voir que les médias influencent la conscience collective sur ce qui est bien ou mal. En effet, depuis dix-quinze ans, la presse a un discours plus libéré et moins négatif sur le tatouage et parfois, il est mis en avant comme un objet esthétique[2]. L’influence des médias a banalisé cette pratique en France. Cet effet de mode a été accompagné par des personnes connues qui en ont fait leur « gri-gri ». Selon le tatoueur de Clignancourt que nous avons interrogé, ce phénomène s’affaiblira dans une dizaine d’années, voire une quinzaine d’années, avec un retour plus authentique du tatouage, comme une sorte de « retour aux sources ».

 

En France aujourd’hui, on peut remarquer qu’une partie des pratiques a été préservée par certains en ce qui concerne les  signes et les significations : par exemple le signe des bagnards ou des emprisonnés ou les jeunes filles tatouées au henné par leur mère. D’autres signes ont été inventés sans signification particulière mais qui l’acquière selon l’individu : sur un même tatouage il peut y avoir plusieurs sens. Cela devient alors un choix personnel conscient ou inconscient. Il n’y a plus de réel emplacement spécifique du tatouage sur le corps mais celui-ci acquiert son sens selon le désir de la personne. Le tatouage vise à combattre l’anonymat, il offre une marque de distinction et raconte l’histoire d’une vie : une image, un prénom, une date…et permet de garder une tranche de sa vie que l’on peut difficilement sauvegarder autrement. Le tatouage a donc un fort aspect sentimental et affectif. Par exemple des symboles comme la carpe (au Japon) qui signifie la sagesse, et qui est un trait de son propre caractère.

 

Il est également nécessaire d’apporter une précision sur l’emploi du mon « tribal ». Aujourd’hui, on a transformé le sens des mots et des pratiques en désignant « tribal » n’importe quel tatouage comportant des arabesques noires. A l’origine le mot « tribal » vient de tribu, le tatouage était un signe d’appartenance à celle-ci, souvent placer sur le visage. Tout tatouage que l’on qualifie de tribal n’est en fait que d’inspiration tribale et n’est rien d’autre que du graphisme[3]. On peut aussi effectuer un parallèle entre le tatouage d’appartenance à une tribu et aujourd’hui une appartenance à un groupe et encore à une reconnaissance de la part de ce groupe.  En conclusion, le tatouage contemporain se réfère à une histoire individuelle ou à celle d’un groupe restreint, il est le désir de communication et une recherche identitaire au travers de soi-même ou d’un groupe. Aujourd’hui c’est plus une pratique narcissique et individuelle alors que dans les sociétés traditionnelles il y avait un équilibre entre l’identité et l’appartenance à une collectivité.

 

On peut voir le tatouage comme une sorte de toile : elle n’est plus regarder au mur mais sur un corps comme un art à part entière et une œuvre d’art vivante. Comme au Japon, ces tatouages sont de véritables estampes. Le tatoueur contemporain peut donc se considérer comme un artiste peintre sur le corps.

 

Aujourd’hui cette pratique à peu à peu perdu son caractère social. Le tatouage est devenu esthétique. La pratique du henné reste ancrée, cependant, certains l’utilisent comme autobronzant et il est dénaturé par l’aspect commercial qui s’est développé autour de lui : dans les rues à la sauvette, des marchands nous proposent un tatouage au henné fait en quelques minutes. Il est également à la mode sur les plages l’été où il garde sa signification de parure.


[1] Cet exemple nous vient du tatoueur du marché aux puces de Clignancourt que nous avons interrogé. Celui-ci ne se souvenait plus de nom de ce sociologue.

[2] Voir annexe.

[3] Voir annexe.

Forum du tatouage

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Le tatouage : du signe identitaire au symbole résiduel

Le système tribal obéit à une compétition institutionnalisée : moi contre mes frères, mes frères et moi contre mes cousins, mes frères, mes cousins et moi contre toute la tribu, et la tribu contre le monde entier. Dans un tel système semblable à un jeu d’échecs, le tatouage participe à sa manière à cette économie du conflit. Appropriation multiple, le tatouage était en Afrique la marque imposée par le maître à l’esclave. On tatoue l’esclave comme on tatoue rituellement la bête. Khatibi fait également référence à la signature sauvage chez les déportés d’Auschwitz.

 

Le tatouage n’avait qu’une seule fonction de départ, celle de l’identification. Cela explique l’espace du visage comme choix pour le marquage. Puisque c’est la partie la plus visible et la plus recherchée par le regard car elle demeure la seule à fournir des détails de reconnaissance. Aujourd’hui, il n’y a plus que les dénominatifs des différents types de tatouages qui offrent timidement des pistes de prospection. Plus tard, le tatouage va être perçu comme un acte hérétique et condamné pour porter atteinte au corps, appartenant, non plus à celle ou celui qui l’habite, mais à son créateur. Toute mutilation du corps est jugée tel un acte de refus. Acte fort susceptible de conduire ces auteurs directement aux enfers les plus redoutables.

 

On peut également voir que la colonisation a aussi contribuée à changer les significations du tatouage. Sous le joug de l’envahisseur français, il devient subitement le symbole de la souffrance et de la résistance du peuple opprimé. La femme Berbère se tatouait d’une oreille à l’autre, le menton, restituant ainsi sur son propre visage la barbe de l’époux disparu. Celle qui assistait à l’enfermement de son mari se tatouait les poignets, symbolisant les menottes qui humiliaient son conjoint ou encore lorsque son mari était pris comme esclave, elle se tatouait des chaînes sur les chevilles. On peut donc voir que le tatouage évolue quand il est en interaction avec l’histoire. Comme aux Philippines, où le bracelet tatoué en haut du bras qui signifiait l’esclavage et qui s’est ouvert, lors de l’indépendance, symbolisant la liberté.

 

La saisie divine du corps va faire progressivement disparaître le sens du symbole longtemps investi dans le tatouage. Il va donc perdre progressivement sa fonction identificatoire pour ne garder que celle de l’esthétisme et de la prophylaxie. En effet, ayant aussi un pouvoir de guérison, le tatouage est gravé sur les hernies sous-cutanées. Passé au rang du marquage obligatoire à celui d’un simple charme d’amour et de parure, le tatouage va dépasser l’espace du visage pour accéder à d’autres, parfois cachées et plus intimes. Ces signes ne tiendront plus que de l’imagination foisonnante des gens.

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Les effets du tatouage sur la personne (tatouage magique…)

Le tatouage est un mode d’expression du corps, connu dans les civilisations les plus anciennes. Il porte la trace d’une culture qui s’imprègne sur le corps et rend la peau médiatrice entre l’intérieur et l’extérieur de la personne tatouée. Dans l’énoncé somatique, le henné intervient pour maquiller le désordre des signes. Appliqué aux vierges, il guérit certains symptômes de la fièvre ; mélangé à l’alun (aide à fixé les teintures) et à l’eau de rose, il indique à la femme si elle est porteuse de syphilis ou non, il protège l’enfant de la transmission des maladies vénériennes.  Pour arrêter les règles, on boit de l’eau dans laquelle a macéré du henné. De même pour les soins de beauté ou pour la capture de l’autre.  Selon Geuthmer, « La femme qui veut dépasser toutes les autres quant à la beauté, fait carboniser le linge, dont un nègre et une négresse se sont servis après avoir accomplit leur chose habituelle. Elle mêle du henné à ces cendres, elles les délayent avec un peu d’eau. Il en résulte une pâte qui rendra son visage éclatant. A défaut de linge de nègre, elle peut employer celui d’une prostituée, mais dans l’un et l’autre cas, le linge doit être volé, pour que le remède soit efficace. »

 

Cette scène montre que le tatouage peut être une sorte de vaccination mystique. La croix en est l’élément le plus banal, elle est tracée sur le bras des pèlerins revenant de Jérusalem, on tatoue une crois sur le front des bébés marocains juifs, on la signale également dans le sud oranais. « Millénaire, donc, ce geste de tracer une croix sur un objet pour le sacrifier en quelque sorte, en le coupant symboliquement en quatre. Faire un tel geste devant une personne, c’est disperser son pouvoir possible sur vous ». Il existe donc une distinction entre le tatouage ornemental, (l’arbitraire) et le tatouage curatif (la nécessité) qui concilie l’idéologie religieuse et la médecine. Mais l’interprétation reste silencieuse sur le véritable statut du premier type de tatouage, ce qui revient à le condamner en silence, mais sans provocation. Opinion en fait commune au chafi’isme, qui ne tolère le tatouage qu’en cas de nécessité : maladie ou laideur physique. Selon Khatibi, « ici on perçoit en creux le déplacement idéologique : le tatouage curatif comme supplément à la nature, n’est lui-même qu’un simulacre coupable. La souffrance due à la pointe s’ajoute à la maladie et/ou à la laideur, pour indiquer par ce plus le travail ineffaçable de Dieu, de sa présence. Accepter un simulacre positif, fait pour le plaisir du corps, serait une manière de voiler le tracé divin, par une écriture érotique ».

 

La beauté et l’équilibre physique sont des  éléments très fragiles chez l’être humain. Le temps, l’invisible, l’inconnu sont des facteurs qui agissent mystérieusement sur ces éléments et le moyen de s’en protéger fut le recours au dessin. L’écriture au henné a un double langage. Sa principale vertu est de protéger, dresser un rempart entre le corps et l’individu, considéré comme un talisman, c’est un moyen de défense contre les mauvais esprits, le mauvais œil et la maladie. Sa couleur verte symbolise la richesse matérielle et spirituelle. Le henné générateur de bonheur fait échec à toutes les menaces. Les femmes principales utilisatrices du henné y puisent la force et le courage d’affronter les vicissitudes du foyer conjugal. Le henné est un lien magique qui les protège, les aide et leur apporte le rêve. Le henné marque par sa présence tous les rites de passage.

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Tatouage et la mort

Germaine Chantréaux évoque également la présence du henné dans la mort. Chez les Kabyles, le rite consiste à teindre certaines parties du corps, telles que les lèvres supérieures, les paupières, la paume des mains, la plante des pieds et trois points en triangle sur le haut de la poitrine et dans le dos. De plus, tous les tatouages d’une femme doivent être recouverts de henné. Sans cela, les tatouages seraient arrachés par l’ange de la mort, avec des pinces rougies au fer, ce sont les pinces de la géhenne (tileqqwadin n ejjehennama).

 

Outre cela, selon Fadila Anerbarche, il n’y a pas de cérémonies propres au tatouage. Il sert surtout à marquer le passage d’une étape de la vie à une autre : de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence au mariage, de la vie, à la mort.

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Le tatouage dans le mariage : la cérémonie du henné

Le tatouage, dans le mariage, joue un rôle essentiel. On dit même qu’une femme non tatouée ne serait pas désirable pour son mari.

 

Nous allons nous appuyer ici, sur l’exemple de Germaine Laoust Chantréaux. Celle-ci décrit l’usage du tatouage au henné chez les femmes kabyles. Bien sûr, cet usage varie selon les localités et les tribus et n’est valable que pour les Aït Hichem, mais cela nous montre bien quelle place peut prendre une telle pratique dans une société.

Le henné est utilisé dans les rites de purification ou à titre prophylactique. Le bain de la mariée (appelé acusef t-teslit) a lieu très tôt le matin. Puis la pause du henné, que l’on appelle, tuqqena l-lhenni, se déroule lors d’un rituel très compliqué. Cela se fait le matin après le bain et devant toute une assemblée de femmes et d’enfants. Pour préparer le henné, une femme, que l’on nomme la qibla, le mélange d’abord avec du blé, dans le soc de la charrue, en prononçant à voix basse une incantation. Ensuite, elle y ajoute une poignée de fève, du sel et du sucre. Elle verse le tout dans de l’eau du bain, remue avec la pointe du soc. Puis, dans la pâte, elle incorpore les œufs, les noix, les dattes, les fèves, les grenades, une broche et la glace restés dans le plat de bois durant le bain.

Avant de mettre le henné sur la jeune fille, on lui recouvre la tête d’une chéchia sur laquelle est posée une glace qu’elle crachera ensuite dans son foulard de tête et qu’elle gardera sur elle pendant sept jours. Puis, toujours avant de teindre les mains de la mariée, on amène un jeune garçon non circoncis et premier-né. La qibla lui met du henné sur chaque tempe, puis trempe trois doigts dans la pâte et marque de trois points la nuque et la poitrine de la jeune fille. Puis la qibla lui teindra les mains jusqu’aux poignets et les pieds jusqu’aux chevilles. Dans la pièce se trouve également les assistantes qui sont réparties en deux groupes et chantent à tour de rôle.

D’après Germaine Chantréaux, le henné ayant été en contact avec la mariée est traité avec le plus grand soin. On redoute dans perdre une parcelle. En effet, toute personne mal intentionnée pourrait s’en servir pour accomplir des pratiques destinées à rendre stérile la jeune femme. Celle dernière l’utilisera d’ailleurs plus tard pour réguler la naissance des ses enfants. Le henné est alors gardé par sa mère.

Après la cérémonie, le henné ayant des vertus bienfaisantes, on en met encore aux jeunes enfants âgés de moins d’un an. Le henné a une valeur ambiguë et pour les

Kabyles, il a des propriétés stérilisantes et fertilisantes, suivant l’intention qui préside à son emploi.

Après la pause du henné, toutes les personnes présentes se retirent et la qibla reste avec la jeune fille pour lui attacher une ceinture, par un fil de la lisse du métier à tisser, un nouet. Elle prononce quelques incantations pendant cet acte.

Au Sahara, à la veille du mariage, la hannaya (femme qui décore au henné), enlève le henné de la fiancée, elle lui touche ensuite la main, qui est proche de la sienne. Celle-ci en effleure une autre, et ainsi de suite, jusqu’à ce que toute l’assistance soit symboliquement tatouée.

 

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Le tatouage comme rite de passage

Dans toutes les sociétés maghrébines qui pratiquent le tatouage, on peut remarquer que celui-ci se pratique lors des rites de passages, à des moments très précis de la vie de la jeune femme. En effet, comme, nous l’avons déjà énoncé auparavant, le tatouage se fait au moment de la puberté, ensuite, lorsque la jeune fille est nubile, puis au moment du mariage. Selon Khatibi, l’inscription sur le corps substitue à l’économie de la nature, le graphe marquant dans un cas le cycle du sang, dans l’autre l’effacement de l’hymen. La puberté est un désordre des signes somatiques. Ritualiser l’érotique consiste à redoubler de souffrance par la pointe de l’aiguille. La peur de la pubère est d’être emportée par un fleuve de sang. Le tatouage est ainsi la fiction de ce fantasme, de ce désordre somatique.

 

Selon Herber, les tatouages de la face se font à deux périodes capitales de la vie, c’est-à-dire à la puberté et lors du mariage. Mais il précise également que cela n’a pas la même signification pour ces deux moments de la vie. Si le tatouage fait lors de la puberté détermine une rupture qui marque le passage de l’enfance à l’adolescence, les tatouages nuptiaux sont, quant à eux, uniquement des atours. Par contre, pour la jeune fille, le tatouage réalisé lorsqu’elle est en âge de se marier, c’est-à-dire vers quatorze ans, représente un des plus grands événements de sa vie. C’est généralement sa mère qui fait ce tatouage et même lorsque ce n’est pas le cas, c’est elle qui décide du motif et de l’emplacement sur le corps. Herber continu son analyse en démontrant que la pratique du tatouage se fait dans le cercle de la famille selon des coutumes différentes. Mais d’après lui, dans certaines tribus, le premier tatouage est loin d’être familiale, il serait même clandestin. De plus, il est de très faible étendue et serait donc complété plus tard, au moment du mariage en générale.

 

Voici une liste de rites pratiqués au Maroc :

 

- Avant la naissance : au 7ème mois de grossesse, pour se protéger contre le mauvais sort la future accouchée fait appel à l’hannaya pour lui poser du henné qu’elle gardera jusqu’à l’accouchement. Une infirmière nous disait qu’elle avait déjà rencontré en salle d’accouchement des femmes qui avaient les mains ornées de henné.

- A la naissance : à sa première toilette, le nouveau-né est saupoudré de henné pilé qui le protège contre les infections et pour attirer sur lui la protection divine.

- Au 7ème jour de vie : lors de l’imposition du nom et la présentation aux génies protecteurs de la maison, on passe du henné sur les mains de l’enfant.

- 40 jours après la naissance : c’est le 1er hammam de l’enfant, nouvelle occasion pour mettre du henné.

- La circoncision : l’enfant est fêté par la mère avec pose de henné. En France, la circoncision peut se faire en clinique.

- Première journée de Ramadan de la petite fille : aux environ de 7 ans, durant cette journée se fera une pose de henné.

- Le mariage : le henné est offert par la famille du futur époux, cette journée se passe la veille du mariage, sur le plateau de préparation on retrouvera les produits, les ustensiles et des œufs (qui ne seront pas cassés), symbole de fécondité pour la future mariée.

 

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Pratiques du henné

Contrairement au tatouage douloureux et irréversible, que beaucoup regrettent par la suite, la pose du henné ne constitue pas une effraction dermique, elle ne donne lieu à aucune douleur. Au contraire, ces sensations cutanées qu’elles engendrent procurent un plaisir certain : agréable à l’œil, expression éphémère d’un état d’âme d’un fantasme passager. Le henné est l’objet de transactions importantes entre les oasis productrices. Il est préférable de l’acheter en feuille pour s’assurer qu’il n’a pas été mélangé à d’autres plantes. Il est pilé dans un mortier de cuivre ou broyé à l’aide d’une meule en pierre il est ensuite tamisé et mélangé à plusieurs autres produits (eau chaude, citron, ail, poivre, sucre, clou de girofle…), pour en faire une pâte épaisse. Cette préparation sera différente selon les habitudes, les pays, les circonstances.

 

De nos jours le bâtonnet effilé laissant courir sur la peau le fil tenu de pâte de henné est remplacé par la seringue devenue par les caprices de la modernité un outil insolite de cet art ancestral. La hannaya remplit ses seringues de calibres différents ce qui permet de déposer des filets plus ou moins fins. Avec une dextérité elle trace de véritables gants de dentelle à dessins géométrique : points, croix, lignes enveloppant ainsi les doigts jusqu’au poignet. Grâce à cette nouvelle technique, le temps de réalisation est très rapide, en peu de temps les mains sont ornées. Afin de donner au pigment du henné plus de vigueur, c’est-à-dire d’en accentuer la couleur, les dessins, sont régulièrement tamponnés avec une solution citronnée.

 

Une manière simple d’appliquer le henné consiste à colorer uniformément la plante des pieds et la paume des mains. Méthode pratiquée essentiellement par les femmes rurales, qui disposent de peu de temps pour elles-mêmes dans la multitude des tâches qu’elles ont  à accomplir durant la journée. Intermédiaire entre ces deux méthodes traditionnelles conciliant économie de temps et goût pour l’ornement il y a le recours au pochoir. Après la pose le henné doit rester un certain temps sur la peau, et plus le temps est long plus la couleur sera intense, elle couvre toutes les nuances de l’orange le plus clair au plus foncé et du brun vert au brun noir.

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la pratique du tatouage chez les femmes kabyles

A partir de ces divers éléments, nous pouvons décrire la manière tatouer en prenant l’exemple de Germaine Laoust Chantréaux lorsqu’elle a étudié les femmes kabyles durant les années 1937-1939. Tout d’abord, il faut préciser que les tatouages sont fait par des femmes des autres tribus voisines et que chacune d’entre elles n’utilisent pas les mêmes procéder ni les mêmes techniques.

 

La femme est assise par terre et pose tout près d’elle le matériel nécessaire à la procédure. C’est-à-dire le scalpel ou l’épine, une brindille de lavande finement taillée et dans un bol, de la suie raclée au fond d’un plat dans lequel on a toujours fait cuire de la galette. La suie ne doit pas parvenir d’une marmite car celle-ci contient des particules grasses et ne tient pas sur la peau.

Quant à la jeune fille, elle se couche sur le dos et pose sa tête sur les genoux de la tatoueuse. Celle-ci trempe la brindille de lavande dans la suie et commence par tracer le dessin sur la peau, bien tendue entre le pouce et l’index de sa main gauche. Ensuite, elle « frappe » (tuwet) rapidement avec l’aiguille ou le scalpel en suivants les traits. Elle essuie le sang avec un chiffon pour vérifier qu’elle n’a pas oublié de détails. Quand le sang s’arrête de couler, elle trempe le même chiffon dans la suie et frotte la peau énergiquement. A partir de ce moment, sa tâche est finie. Elle reçoit, pour son travail, une modique somme, c’est-à-dire, un réal[1] pour les dessins du bras et du cou et un peu moins pour ceux du front et du menton. Par contre, on lui offre à manger et on lui donne quelques provisions de route.

Toutefois, le tatouage ne s’arrête pas à son seul dessin. En effet, les jours suivant, la jeune fille doit observer des pratiques longues et minutieuses. Pendant une semaine, chaque matin, elle lave sa plaie à l’eau et au savon puis renouvelle la couche de suie. Et durant les sept jours suivant, elle y met un enduit appelé tizegzawt qui, comme son nom l’indique, devra donner la couleur bleue recherchée. Celle-ci est obtenue en écrasant, puis en laissant macérer des feuilles de fèves, de blé et de morelle noire (tuccanin). Pendant sept autres jours encore, la jeune fille avivera la couleur avec de l’indigo pulvérisé et mouillé avec un peu d’eau.

Au bout d’un mois, elle fait brûler un bout d’étoffe bleue, met les cendres dans de l’huile et en enduit le tatouage qui est dès lors indélébile.

Germaine Laoust Chantréaux observe également des restrictions alimentaires chez la jeune fille qui vient de se faire tatouer. Celle-ci ne doit pas manger de couscous pendant les sept jours suivant la pratique du tatouage. En effet, selon les croyances, des boutons risqueraient d’apparaître sur son tatouage. Elle doit également éviter le lait car cette substance est de couleur blanche. Par contre, il est très important qu’elle mange des légumes verts. Ceci représente une action symbolique, puisque le tatouage devient alors de la même couleur.

 

En fait, le tatouage est fait autour de divers rites et toute une symbolique de gestes et d’objets. Chaque moment précis se rapporte à un rite, une croyance. Les aiguilles ou les scalpels  ont en général une vertu magique. Le tatouage n’est pas seulement une pratique, il a un sens particulier et, nous allons le voir plus tard, se fait à des moments bien précis de la vie des femmes


[1] Ce qui correspond à deux francs cinquante en 1939.

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Differentes pratiques du tatouage

D’après les divers auteurs étudiés, les techniques et les manières de faire un tatouage varient selon les localités et les ethnies. Ainsi, selon l’ethnie, le tatouage se fera par incision à l’aide d’un scalpel (technique employée chez les Aït Ghobin, étudiées par Germaine Laoust Chantréaux). Cela peut se faire également par piqûre une lancette ou un faisceau d’aiguilles (usités par les tatoueurs tunisiens d’après Herber ou par les Aït Itsourar que Germaine Laoust Chantréaux a étudié). Cela peut aller de la simple aiguille à l’épine de cactus. D’après l’auteur, l’usage de l’aiguille serait fondamental du fait de sa vertu magique. Il faut aussi insister sur le choix du pigment. En effet, il y a trois sortes différentes de tatouages suivant le recours au henné, au souffre ou au noir de fumée. Chacun produit une couleur différente, sachant que les plus beaux tatouages sont bleu-vert et durent toue la vie.

 

La principale technique au Maroc, selon Sijelmassi, est de tracer le motif sur la peau de la jeune fille ou de la jeune femme, à l’aide de bleu de blanchisseuse, réduit en poudre fine. Ensuite, la tatoueuse applique par-dessus du bleu ergoté, puis à l’aide l’aiguille, elle pique légèrement la peau suivant les lignes déjà dessinées par la poudre à laquelle elle a ajouté des feuilles de volubilis sèches et pulvérisées. Puis la tatoueuse attend la fin de la période inflammatoire pour voir apparaître le dessin.

 

La technique du tatouage est multiple ; on pouvait se servir d’une pointe de figue de Barbarie ou d’une épine, parfois du couteau. Mais l’instrument marocain préféré demeure l’aiguille. Chaque tatoueur ou tatoueuse combine sa propre formule de matières diverses, comme le guérisseur ou la guérisseuse, son propre remède. La formule est un produit prélevé à partir d’un nombre très varié de plantes aromatiques, de charbon et d’épices. Le geste du tatoueur ou de la tatoueuse est donc le suivant :

  • tracer les dessins souhaités avec du noir de charbon
  • obtenir à partir de la formule une combustion du noir de fumée
  • piquer le noir de fumée, selon le rythme de la souffrance supportable : l’opération dure à peu près vingt jours.
  • laver au fur et à mesure la blessure, avec par exemple de l’eau salée, des plantes aromatiques, jusqu’à cicatrisation.

 

Le hargûs, tatouage provisoire en couleur, se joue sur une gamme plus vaste, et se fabrique par prélèvement à partie de cette liste :

 

  • encre de Chine
  • galle pilée
  • suie
  • laurier rose carbonisé
  • cendres de bois
  • épices
  • goudron
  • sève de cèpes de vignes flambés
  • feuilles de noyer
  • noir de fumée
  • huile
  • alun
  • souak
  • khûl
  • jâwi (encens)

 

Le hargûs est comme le tatouage une combustion, un noir de fumée. La différence fondamentale est que l’un est tracé sur le corps avec une aiguille, et l’autre dessiné sur l’épiderme, avec un calame ou un bout de bois fin.

 

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